La conversion est-elle facilitée pour les enfants de père juif et de mère non-juive ?

Bonjour Rav,

Faut-il « pousser » les enfants non-juifs de père juif à connaître la Torah et essayer de les rapprocher ?

Si oui de quelle manière, et dans quel but ?

Merci Rav.

réponse

Chalom,

Au 19ème siècle, un débat est intervenu sur ce point entre le Rav Tsvi Hirsch Kalicher et le Rav Azriel Hildesheimer. Le premier encourageait à pratiquer la brit-mila sur un enfant de père juif et de mère non-juive, considérant que ce dernier a un statut spécifique (zéra Israël) et qu’il faut donc l’aider dès son jeune âge à préparer une conversion. Le second s’opposait vigoureusement à cette « nouveauté », étant donné notamment qu’il ressort de la Torah, du Na’h et du Talmud qu’il n’y a pas d’ambiguïté sur le statut d’un tel enfant : il n’est pas juif, et il ne faudrait donc pas laisser planer le doute en l’intégrant dans le Kahal Israël (ce débat est rapporté dans les téchouvot de R. Hildesheimer, ’helekh alef, Yoré Déa 229-230).

Bien que la Halakha suive l'opinion du Rav Hildesheimer, considérant qu'il ne faut pas pratiquer la brith-mila à l'enfant né de père juif et de mère non-juive (cf. Michnate HaGuer, nouvelle édition, chapitre 13, halakha 7) , la discussion se poursuit jusqu’à nos jours en ce qui concerne l'opportunité d'encourager un tel enfant à se convertir, une fois devenu adulte (cf. Ibid., note 19, pp. 559-561, et dans mon livre, Y. Ghertman, Une identité juive en devenir, la conversion au judaïsme, éd. Lichma, pp. 66-73). Comment agir en pratique ? Il faudra procéder au cas par cas : si l’on est en présence d’un enfant de père juif fréquentant un milieu juif pratiquant et attiré par la Torah, il est bienvenu de l’encourager, à condition de constater que son milieu lui permettra réellement de pratiquer la Torah et les mitsvot. En revanche, s’il évolue dans un milieu non-juif ou non pratiquant, et qu’il risque donc de ne pas pratiquer correctement s’il se convertit essentiellement pour une motivation « identitaire », il ne faut alors pas s’impliquer.

Précisons en effet que, même selon l’opinion considérant qu’il faut encourager la conversion d’une personne née d’un père juif et d’une mère non juive, son obligation de respecter les mitsvot sera totalement la même que pour tout autre converti, comme l'écrit  le Rav Moché Klein (Admour de Ungvar) dans le Michnate HaGuer (op. cit.) :

« Lorsqu'un enfant est né d’un juif et d’une non-juive, certains écrivent qu’il y a une mitsva de l’inciter à se convertir, de manière à réparer un peu l’atteinte (spirituelle) causée par le mariage avec la non-juive. D’autres ne sont pas d’accord, considérant qu’on ne peut pas réparer un interdit ayant déjà été transgressé (...). Les décisionnaires ont uniquement traité de la question concernant l’opportunité de le rapprocher. Cependant, la conversion elle-même devra se dérouler selon tous les détails halakhiques et une acceptation totale des mitsvot, comme pour tout converti (...) »

Pour conclure, je précise bien que cette réponse est générale. Pour une question spécifique concernant un cas concret, je vous invite à me contacter directement (ravyonaghertman@gmail.com)

Kol touv

A propos du Rav

De formation universitaire (titulaire d’un doctorat en Droit), Rav Yona GHERTMAN s’est tourné vers des études de Kodech, à la Yechiva, puis au Collel de Nice (CEJ), où il étudie encore aujourd’hui. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le judaïsme, dans lesquels il puise parmi les sources traditionnelles, qu’il présente d’une manière structurée et pédagogique au public francophone. 

Aujourd’hui marié et père de quatre enfants, il partage son temps entre l’étude, l’enseignement de la Torah, et le rabbinat, où il s’occupe notamment des conversions au judaïsme. 

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